ÉTRANGLER POUR OBTENIR LE SILENCE

En entretiens individuels, comme lors des groupes de parole, les personnes que j’accompagne se livrent et partagent leurs expériences.

Racontant l’emprise, elles décrivent la violence psychologique, verbale, l’intention de nuire, de dénigrer, de rabaisser en permanence. Elles utilisent des mots qui leur appartiennent et sont tout autant communs à tous (toutes) : peur, anxiété, honte, culpabilité, doute, qui suis-je ? , pourquoi moi

La violence physique remonte lentement. Retenues dans leurs propos, les victimes n’osent pas dire. Elles ne s’accordent pas le droit de parler, de décrire ; elles tentent d’occulter ces scènes, ces moments de leur vie, où la raison est définitivement occultée, et où elles ont risqué de perdre le souffle. Définitivement.
Certaines évoquent leur TS (tentative de suicide), seule réponse, seule ressource qu’elles ont trouvé pour mettre fin à un quotidien destructeur, sans posséder les clés pour en sortir.

La violence physique se manifeste par les claques, les gifles, les coups. Les objets jetés au travers d’une pièce qui atteignent en pleine figure. Les bras attrapés, les corps secoués. L’obligation de se soumettre à un « désir » sexuel… et dans ce cas s’ajoute la problématique du viol conjugal, difficile à admettre pour certaines victimes, difficile à prononcer, si difficile à prouver. Hommes et femmes, tous sont concernés. La violence n’a pas de sexe, la victime non plus, comme elle n’a pas d’âge, de nationalité, ou de race.

Très souvent lorsque je reçois et entends ces victimes, une forme de violence particulière revient : l’étranglement.

– Soudain il a mis ses mains autour de mon cou ; et après je n’arrivais plus à respirer…
– Il a cherché à m’étouffer, il appuyait sur ma gorge de toutes ses forces…
– Elle m’a attrapé par le col, elle l’a serré si fort que je n’avais plus d’air
– J’ai eu des marques pendant plusieurs jours, il fallait que je me couvre le cou, et c’était en plein été…

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Il ne faut pas oublier, pour comprendre cette forme de violence qui semble presque, et terriblement, « classique » qu’une personnalité toxique a entre autres pour objectif de réduire sa victime au silence. Parler, s’opposer, prononcer un mot, un son, qui n’irait pas dans le sens de la personnalité toxique est directement vécu par elle comme une attaque. Son ego, son faux self, est soumis à une pression qu’elle ne supporte pas. Elle n’est plus, puisque l’opposition se manifeste.
Il lui faut faire taire cette opposition.
Il faut ramener l’autre, la victime, au silence. À l’impuissance des mots tus pour éviter toute opposition, toute réaction.
Plus la victime semble réagir plus la personnalité toxique va développer son système de violence.

Certaines, je dis bien certaines, car il est nullement question de développer ici de nouvelles angoisses ou phobies chez les victimes, mais certaines personnalités toxiques en viennent à étrangler. Pour obtenir le silence. Elles ne contrôlent plus, elles perdent pied. Leur geste n’est pas tant pour tuer que pour supprimer ce qui, elles, les tuent : la parole. En cherchant à supprimer physiquement leur victime, elles ne cherchent en fait qu’à supprimer ce qui est pour elles une agression : le langage, la communication. La raison.
La victime est déjà chosifiée par la personnalité toxique – elle ne peut donc « mourir ». Seule sa parole doit être, dans la construction de ces « bourreaux », anéantie.

 

©Anne-Laure Buffet

2 comments

  1. 10 ans passé avec un PN
    Cet étranglement autant physique que psychique, je l’ai ressenti jour après jour, jusqu’à développer des maladies bien réelles et qui ne faisaient finalement qu’exprimer ce que je n’arrivais plus à dire.
    A ne plus pouvoir respirer je suis devenue asthmatique.
    A ne plus pouvoir parler j’ai contracter des aphtoses géante à plusieurs reprises.
    A force de serrer les dents j’ai contracter une parodontite et j’ai perdu la quasi totalité de mes dents en à peine 3 ans (je suis implantée intégralement depuis un peu plus d’un an)
    A force de courber le dos j’ai depuis des années une lombalgie chronique qui m’empêche de vivre correctement.
    A force de ne plus pouvoir penser j’ai eu des migraines de plus en plus handicapantes.
    Etc etc…
    Finalement les coups physiques que j’ai reçus m’ont laissé infiniment moins de traces sur le corps que cet étouffement constant de tout mon être.
    Aujourd’hui, presque un an après ma fuite je dois toujours vivre avec ce délabrement physique, comme un héritage de ce passé douloureux.

  2. Moi je faisais des points blancs dans la gorge et on me donnait des antibiotiques, j’etais perpétuellement malade de la gorge. J’avais de la pellicule, je decapais en permanence mon cuir chevelu avec mes doigts, on m’avait demandé en famille de ne pas réagir, de ne pas crier, de ne pas l’affronter, de ne pas divorcer. J’ai patienté, séparée de lui (chambres séparées) mais vivant dans la même maison que lui, et dépendante de lui financièrement, pendant 11 ans. Nous avions un fils nouveau-né et je ne travaillais pas. L’année de mon divorce 2008, est pour moi une année miraculeuse. Nous avons divorcé seulement quand lui l’a voulu, quand moi je réclamais le divorce, on me menaçait de perdre la garde de mon fils, et tous mes droits. (Nous vivons en Orient où les droits de la femme sont minimes). Je crois qu’avec le temps, j’ai développé le syndrome de Stockholm et me suis prise de sympathie pour mon bourreau, je déployais des trésors de patience et d’effacement pour ne pas l’importuner. J’en arrivais même à apprécier l’équilibre ténu, d’une vie de pseudo-paix avec zéro langage, mépris et effacement.
    A partir du moment où je l’ai épousé, il s’est transformé en monstre, me faisant toutes sortes de procès pour trois fois rien. Tout était sujet à litige. Je n’étais jamais assez bien pour lui ni digne de l’avoir épousé, me répétait-il sans cesse, j’étais moche, bête, et je ne devais jamais être née. Il m’a éloigné de mes amis, de ma famille, a créé toutes les conditions de ma dépendance financière en m’encourageant à ne pas travailler, ou à démissionner quand je le faisais à mi-temps. Il a été avare, odieux, injurieux, et violent. Il a fait des scandales publics et privés. Je l’ai supporté de la date de mon mariage en 91, jusqu’à la date de mon divorce en 2008. Mon fils est né en 1994, nous nous sommes séparés mais avons vécu sous le même toit à partir de 1997. Depuis que j’ai fini de lui, je me reconstruis lentement. Actuellement, c’est mon fils, qui souffre de sa personnalité. J’évite de prendre parti ou de m’en mêler. Mais je sais que mon fils qui utilise, la parole la raison, pour communiquer avec son père n’obtiendra jamais gain de cause, et que le père chosifie le fils et veut le réduire à zéro opinion ou résistance si ce n’est celle d’adopter les idées et les décisions du père dans tous ses choix de vie. Mon fils fait une licence qu’il n’aime pas juste pour obéir à son père et avoir un financement pour vivre loin de lui dans un autre pays. La solution ne viendra que quand mon fils sera financièrement indépendant.
    Moi j’ai fini de l’époux, et j’ai eu un partenaire pendant 4 ans sans vivre avec lui. Je n’ai jamais voulu l’épouser ni m’engager. Quand il a fallu le suivre dans un autre pays, j’ai longtemps hésité, puis ai pris mon courage à deux mains et l’ai suivi. J’ai fui au bout d’un mois et demi de vie commune. Je refuse tout engagement et toute dépendance. Je ne supportais pas la vie tranquille et traditionnelle du couple.J’étais intranquille. Il fallait tout réinventer. Ma mère me réclamait. Je suis rentrée au pays. Aujourd’hui je m’en mords les doigts. Mon ex-compagnon me contacte toujours mais ne croit pas que nous pouvons vivre heureux ensemble.

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